Daniel Bernard Ile de Ré

Une ile bien plus loin que le vent

Une île bien plus loin que le vent

Edition: L’Harmattan

« Ce roman est l’histoire d’un idiot de village, d’un de ces êtres exquis que l’on rencontre parfois au détour d’une église de village : mi-ange, mi-démon, véritable portrait de gargouille, capable de nous faire rire aux éclats et de nous émouvoir par sa sensiblité. Il est devenu mon ami. J’ai partagé ses secrets. »

ISBN: 2-7475-8547-6

Date de parution: juin 2005

204 pages

C’est l’histoire touchante de Ferdinand, un idiot de village considéré comme tel car il a les bras trop long. Un jour il tourne le dos à sa mère alors qu’il ne le fait jamais et décide de partir.

Il est embarqué un bateau qui fait de la contrebande et le trafic de haschich. Arrêté par les douaniers il est transféré au pénitencier de Saint-Martin de Ré pour y purger une longue peine. À sa sortie de prison, il est accueilli par un nain et un géant qui appartiennent à un cirque. Il se sent bien parmi les êtres en marge de la société. On lui confie le poste d’assistant du dernier gardien de phare à la pointe extrême de l’île. Là, il va prendre conscience de sa petitesse :

Quand la nuit tombait, la mer se mettait à bouillir et le vent à hurler. Je ne voyais nulle part où poser mon regard. Les vagues montaient à l’assaut du phare, la tour de pierres s’arc-boutait. Au centre de cette désertion, avec l’impression d’être ballotté sur une mer sans âge, tout en haut de cet œil de cyclope, je me sentais arrivé à l’extrême limite de la vie.

L’expérience le grandit. Il se révolte devant ce qu’il considère comme la plus grande des injustices : le retour à terre des gardiens de phare avec l’automatisation des dernières tours de guet.

« En tombant, c’était comme si j’avais déchiré le silence. Je m’enfonçais sous les vagues, le regard immobile, fixant la main tendue qui me cherchait. Un vide immense se refermait sur moi. J’aurais dû bouger, faire un geste. J’aurais dû. À bien y réfléchir, finalement, j’étais bien comme ça.

Quand les marins m’ont hissé sur le pont, j’ai tout de suite vu qu’ils étaient en colère. Ils n’arrêtaient pas de poser des questions. J’avais envie de leur dire que je n’y étais pour rien, que c’était la première fois que je tombais à la mer et que je n’étais pas encore habitué. Mais je n’ai pas pu parler car à ce moment-là, je me suis mis à cracher toute l’eau que j’avais bue.
C’est stupide, je sais – il ne faut jamais jouer avec le feu, encore moins avec l’eau – tous les psychiatres vous le diront.

Mon apnée dans la vie a commencé dans l’indifférence générale. Je suis né par hasard du côté paternel et c’était le vrai bazar du côté maternel. Si on m’avait laissé faire la planche entre deux eaux, peut-être aurais-je pu savoir ce qui me tourmentait.

Mon corps, je m’en satisfaisais. Encore que satisfaire soit un bien grand mot. Je n’ignore plutôt rien de ce qu’il représente. Mes bras au repos je les replie dans mon dos ou les balancent distraitement devant moi, tout en parlant. Ils atterrissent souvent comme ils le peuvent, semblables aux ailes de ces grands albatros que l’on voit partout dans les livres. Moi aussi mes bras de géant m’empêchent de marcher. »