Daniel Bernard Ile de Ré

Sonate pour le saxo d'Octave nuit de fugue couverture

Sonate pour le saxo d’Octave

Edition: Al Manar

Daniel Bernard nous dévoile la vie des sauniers et celle de son grand-père Octave avec qui il parcourait plus jeune les marais et que l’on surnommait « Le Sax ». L’insouciance de sa jeunesse, le lamento d’une seule note de son saxo, Lydia appelée « La Douce », puis la guerre qui change la donne et le temps qui passe, transformant les hommes comme les paysages.

« D’une beauté à scier le cœur, ces textes sont conçus comme une pièce de théâtre. Rarement premier recueil ne fut aussi maîtrisé. Daniel Bernard fait ici une entrée fracassante en poésie. »

Vénus Khoury Ghata, Prix Goncourt poésie 2011

ISBN: 978-2364260481

Date de parution: juin 2015

96 pages

Grâce à ce livre dont il dit qu’il est probablement le plus sincère, l’écrivain nous transporte dans la musique de son coeur et les parfums de son enfance. Une enfance marquée par un personnage haut en couleurs : Octave, musicien et saunier surnommé « Le Sax », avec qui, lui et son cousin Guy parcouraient les marais. Au travers de ce recueil Daniel Bernard a voulu : « reconstruire le grand-père, le façonner de glaise, d’océan et d’oiseaux, l’habiller de vent pour mieux le ranimer… ».

Les mots, tels une palette de couleurs déploient leur force mélodique pour former des tableaux olfactifs et sonores, invitant le lecteur à partager ce que l’auteur appelle : un voyage immobile. Les embruns, les déserts des marais, les digues, remparts à la fureur de l’océan, l’île de Ré toute entière, belle et capricieuse, habite chaque page de cette escapade musicale guidée par Le Sax. Les femmes et leur sensualité sont bien présentes aussi, notamment au travers de Lydia dite « La Douce ». « Elle rêvait que le Sax l’accompagnait de son instrument, feignant de ne pas entendre l’impudeur de ses murmures, qu’il l’aimait dans une voluptueuse étreinte, l’enlaçant avec les lianes de ses jambes, collé-serré comme avec son saxo… ». Le lecteur trouvera le message qui lui est destiné au gré des nombreuses métaphores. Disponible dans toutes les librairies de l’île, « Sonate pour le Saxo d’Octave » est le recueil idéal pour une parenthèse iodée cet été.

Marie-Victoire Vergnaud
http://www.realahune.fr/

« La platitude comme une rouille
la digue comme accoudoir au silence

Une aigrette accroche ses plumes au doigt levé du clocher d’Ars
Enfants d’une île aux rives desséchées
nous marchions dans la haute mer des folles avoines
aussi nus qu’un poème malgré nos chemises et pantalons de toile
Nés dans le berceau d’un océan frivole
nous donnions des noms d’oiseaux
aux tas de sel prélevés sur l’océan
Nous lézardions avec nos secrets accrochés à la ceinture
et les enfouissions sous les pierres pour ne pas interrompre
le hululement des salicornes

Cabossés par la pluie des fenouils nous avancions
dans ce vaste reposoir salant où des sauniers va-nu-pieds
mendiants d’amour riaient devant d’infortunés tombeaux de sel
où à chacune de leurs pelletées venait s’écraser
la semence d’un été exténué mort d’avoir trop aimé

°°°

Plus de place dans les livres pour les mots atrophiés.
Plus de mots ébréchés pour creuser des sillons
et enfouir nos pudeurs.
Reconstruire le grand-père
le façonner de glaise, d’océan et d’oiseaux
l’habiller de vent pour mieux le ranimer
deux gouttes d’eau fossiles en place de ses yeux bleus
devenus pierres à force de ne plus voir
et un écrin de brume pour sortir son âme en crue
aussi fraîche que rosée et cœur de camélia
Ne rien anéantir. Ne renoncer à rien
ni aux rires ni à l’exaltation chimère d’un temps perdu.
Pas même au clapotis nocturne pour éclaircir sa voix.
Puis rallumer le silence qui jeune l’avait vu nu
et nous perdre à nouveau dans la houle d’un marais
toujours prêt à tarir le fleuve d’un ciel fauve
au-dessus du Fier d’Ars
La mer lui appartient. Comme lui elle n’a pas d’âge. »