Daniel Bernard Ile de Ré

La route de l'or bleu couverture de Daniel Bernard

La route de l’or bleu

Edition: La Découvrance

« Ce livre peint l’histoire d’une couleur : le bleu.

Je souhaitais d’abord m’immerger dans la couleur, remonter à la source du bleu comme on plonge nu dans une mer turquoise ou comme des doigts tachés d’encre peignent les lèvres de l’enfance, pour comprendre pourquoi depuis la nuit des temps cette couleur obsédait tous ceux qui l’approchaient. »

ISBN: 978-2-84265-899-1

Date de parution: Juin 2016

176 pages

Depuis l’Antiquité, des bleus extraordinaires se côtoient à Constantinople : le bleu des caravanes de la soie, le cobalt de Samarkand, l’anil qui donne son nom au Nil d’Egypte, l’indikon de Grèce qui donnera l’indigo. Bizarrement, tous ces bleus s’arrêtent aux portes de l’Europe.

Au Moyen Âge, un bleu flamboyant rivalise avec la bannière verte de l’Islam triomphant, la cour de France s’habille de “ bleu roi ” et la Vierge de “ bleu marial.” Le pathétique et déchirant désespoir des peintres et des écrivains ne tarde pas à s’ouvrir au romantisme et à son “bleu à l’âme” fécond.

Au XVIe siècle, des volets bleus apparaissent aux fenêtres des îles de l’Atlantique. Partout, sauf dans l’Île de Ré où les volets restent verts. Sans doute l’usage, l’histoire, le hasard ont-ils poussé les insulaires à peindre leurs volets comme on brandit un étendard. Mais d’où proviennent ces couleurs bleues et vertes, jusque-là inconnues sur le littoral ?

Le pastel voit enfin le jour à Toulouse. Unique en Europe, ce bleu féerique va fournir aux navigateurs bretons l’occasion de se sublimer. Les Bigoudens de Penmarc’h, pour qui la couleur n’est pas un métier, vont braver l’océan et se lancer sur la plus incroyable route qui n’ait jamais existé : de Toulouse à Anvers par Bordeaux et La Rochelle et partir à l’assaut du monde.

Le voile peut enfin se lever sur le mystère de la « Route de l’or bleu. »

« Lorsque le 1er avril 1250, le sultan d’Égypte Tourân-Chah, petit-neveu du grand Saladin, fait construire un barrage sur le Nil pour couper le ravitaillement du camp chrétien, le roi Saint Louis estime que son devoir de soldat lui interdit de battre en retraite. Précédés par une pluie de flèches et leur drapeau vert qui claque dans le vent, les mamelouks bousculent les positions franques. Louis IX épuisé par le typhus ne tient plus sur son cheval. Lui et les siens ont dépassé la limite de leurs forces. Ils se rendent.

Saint Louis, dit « le Prudhomme », l’un des suzerains les plus écoutés de son temps, réfléchit à ce qu’il va dire au pape Innocent IV qui a soutenu son projet de pèlerinage armé. Le bilan est catastrophique. Jérusalem est aux mains des Sarrasins.

À l’avant de la nef vénitienne qui s’éloigne des terres musulmanes, le souverain français ignore que l’Histoire le considère déjà comme le dernier croisé à fouler la Terre sainte.

Nul ne se doute encore que cette défaite va changer la couleur du monde et bouleverser l’idée que l’on se faisait jusque-là de ces deux couleurs vertes et bleues.

Face à l’Islam triomphant, l’Occident chrétien veut en finir avec les croisades. Se repliant sur leurs valeurs spirituelles, les religieux réfléchissent à l’idée d’une couleur qui puisse rassembler le monde chrétien et rivaliser avec le vert des mamelouks.

D’un côté Bernard de Clairvaux des abbayes cisterciennes. Il a un profond mépris de la chose colorée et prêche pour le blanc. Il se déchaîne contre le luxe ostentatoire des lieux de culte. Le blanc monacal s’impose sur les murs et les vitraux monochromes qui prennent place dans de hautes verrières en grisaille.

D’un autre côté Suger, abbé de l’abbaye royale de Saint-Denis. Il a 28 ans. C’est un fou des couleurs : « Tout ce qu’il y a de plus beau dans la création, les pierres précieuses, les lapis bleus, les vases sacrés, les coupes d’or doivent célébrer Dieu.»

Au cœur de l’abbaye de Saint-Denis, le déambulatoire des reliquaires croule sous une intense clarté. Les vitraux coutent plus cher que l’édifice en pierre, mais peu importe : « Pour croire, le peuple doit admirer.» Suger déclare : le Dieu des chrétiens est Esprit de lumière et la lumière est bleue.

Le pape adopte le point de vue de Suger et bouscule la symbolique des couleurs. Le bleu devient la « Lumière qui dissipe les ténèbres, l’unique marqueur de la couleur du Ciel. »

Les peintres doivent représenter la Vierge portant le manteau « bleu marial ». Le roi Saint Louis décide lui aussi de s’habiller de bleu. C’est la première fois qu’un souverain porte cette couleur. Il est imité par les princes et la bourgeoisie qui ne jurent que par le « bleu roi. »

Le Moyen Âge ne jure que par le bleu – Sacrebleu !

Contrairement aux peintres, aux céramistes, aux verriers qui ont des pigments minéraux comme le lapis-lazuli, les teinturiers n’ont pas de colorants pour teindre leurs tissus en bleu.

Ainsi commence la folle équipée de la Route de l’or bleu à travers l’Europe du Beau XVIe siècle. »